roland de lully par cristophe rousset: qu'est-ce que veut dire classique?
music
Quelques notes a propos du disque suivant:
- Jean-Baptiste Lully: Roland — tragédie lyrique
- Livret: Philippe Quinault
- Interprètes
- solistes: Nicolas Testé, Anna Maria Panzarella, Olivier Dumait, Monique Zanetti, Robert Getchell, Salomé Haller, Evguenyi Alexiev, Emiliano Gonzalez-Toro, Anders J. Dahlin, Marie-Hélène Essade, Delphine Gillot
- orchestre Les Talens Lyriques avec le chœur de l'Opéra de Lausanne sous la diréction de Christophe Rousset
- Éditeur: Ambroisie, AMB 9949, 2004 — coffret avec 3 CD
Le CD est disponible
ici.
Lully est l'une des grandes étoiles à briller au firmament de mon ciel musical. Et ce Roland de Christophe Rousset, quelle
joie! Tout y est! D'abord, le livret de Quinault, qui explore de manière fine et intelligente les thèmes de la passion et du devoir; et puis la musique de Lully, aussi belle, riche et variée que celle d'Armide.
Roland est un chef d'œuvre, parsemé de moments
sublimes. Sublimes dans les extrêmes ; dans les douceurs de l'amour, comme dans la violence. Y a-t-il dans toute l'histoire de l'opéra une scène plus belle, plus pure et plus touchante que celle des aveux mutuels d'Angélique et Médor au troisième acte, avec les duos si tendres et délicats qui la ponctuent? Y a-t-il de moments plus âpres et désespérés et mieux peints que celui du quatrième acte, quand Roland découvre son infortune et sombre dans la violence et la folie? Des moments, tendres, romantiques ou dramatiques, il y en a beaucoup d'autres, car l'œuvre explore presque toute la gamme des
sentiments humains. Au point de vue musical, cela se traduit par une palette d'effets d'une grande diversité, mais toujours employés à bon escient — symphonies, danses, récitatifs et airs tout en nuances, chœurs magnifiques, tantôt solennels tantôt apaisant…
Cette œuvre de Lully mérite parfaitement cette appellation de
classique qui fut si longtemps, de préférence à celle de baroque, donnée, en France, à la musique française de cette époque.
Classique dans la retenue de l'expression, classique dans l'économie des moyens qui met les émotions a fleur de peau, classique dans la belle architecture de l'œuvre, classique dans cette beauté qui naît de la parfaite adaptation des moyens aux buts qu'ils se proposent. Classique par ce que l'émotion naît de la perfection des formes et non des excès. C'est un Lully
apollinien qui se dessine derrière cette œuvre.
Une œuvre, qui plus est, servie par des artistes excellents, et particulièrement bien choisis. Anna Maria Panzarella est plus qu'une interprète, elle est Angélique, tout comme Olivier Dumait est Médor. Nicolas Testé est très convaincant lui aussi, en Roland… Et que dire d'Alexis Alexiev, une des plus impressionnantes et belles voix de basse du moment? Quant à la musique elle est interprétée avec ce qu'il faut de goût, de
sensibilité et de virtuosité, par les Talens Lyriques et les Chœurs de l'Opéra de Lausanne.
Si vous aimez Lully, n'hésitez pas! vous ne le regretterez pas — d'ailleurs, vous l'avez déjà certainement! Si vous ne connaissez pas encore Lully, quelle belle occasion de le
découvrir! Ce Roland, ce n'est que du plaisir! Je n'ai même pas trouvé une seule critique negatif à faire. D'ailleurs, je ne suis pas là pour "critiquer", on l'aura compris, mais pour dire un grand merci à Christophe Rousset, pour le plaisir qu'il nous offre avec cette œuvre. Mon seul vœu est qu'il continue avec autant de
bonheur son exploration de l'œuvre de l'incomparable Lully.
Écoutez les fichiers MP3 de deux bandes: